PCR Vix et son environnement

Coordination : Bruno Chaume


Figure 1 : Vue aérienne du mont Lassois (photo R. Goguey) avec prospection géophysique du plateau supérieur (H. v. der Osten)

Présentation générale du projet

La découverte et l’exploration, depuis le XIXe siècle, des tumulus aux mobiliers prestigieux au pied du mont Lassois, ont assuré la notoriété internationale du site de Vix. La recherche s’est beaucoup polarisée autour de ces ensembles funéraires exceptionnels et la récente monographie (2003) de la tombe princière découverte par R. Joffroy et M. Moisson en hiver 1952-53 en atteste. Il est sûr que le tombeau de la princesse de Vix avec son imposant cratère de bronze (le plus grand vase antique actuellement connu), son magnifique torque d’or, sa vaisselle d’importation etson char d’apparat, constitue un des plus bel ensemble de la fin du VIe siècle avant notre ère connu à ce jour en Europe. Le concept de résidence princière défini par W.Kimmig, Professeur à l’Université de Tübingen, explicité et repris par la plupart des spécialistes, s’est forgé à partir de Vix et des sites homologues du domaine nord alpin(Westhallstattkreis). Cette butte témoin spectaculaire contrôle la haute vallée de laSeine en aval de Châtillon et sa puissance s’impose naturellement dans le paysage (Fig. 1).

Depuis 2001, ce site éminent de la Protohistoire régionale et européenne bénéficie des recherches d’envergure que sa richesse mérite et le « Programme Collectif de Recherche » en cours a permis la mise en place d’interventions coordonnées selon une orientation résolument internationale, en synergie avec le programme homologue des collègues d’Allemagne du Sud (Schwerpunkprogramm der Deutschen Forschungsgemeinschaft) « La naissance de la civilisation celtique. Formation et évolution des sites princiers aux 6e-5e siècles après J.-C. en Europe centrale et occidentale ». Ce projet dirigé à l’origine par le Pr. A. Haffner de Kiel a favorisé une synergie de recherche et cette réalisation des deux projets marque un tournant essentiel dans l’étude de ce thème emblématique de la Protohistoire européenne. L’objectif global du projet reste de mieux appréhender l’environnement (au sens large du terme : géologique et naturel, archéologique et culturel) du mont Lassois ; cela est possible par le croisement de plusieurs méthodologies d’approches : archéologiques, spatiales et paléoenvironnementales. Ceci suppose une juste définition des échelles d’étude avec un territoire rapproché, au pied du mont Lassois où se concentrent nécro- poles et habitats ouverts (peu ou pas connus) et un espace de compréhension plus large qui concerne l’ensemble du plateau châtillonnais. Ce travail prend place aussi au sein d’un projet d’Action Collective de Recherche (ACR) sur "L’habitat du premier Age du Fer en France orientale" lancée en 2003 et dirigée par B. Chaume (UMR 55 94 Dijon).

Des chantiers conduits par des équipes de recherche internationales

Depuis 2001, ce « Programme Collectif de Recherche » autorisé par le Ministère de la Culture et coordonné par l’UMR 5594 de Dijon est largement ouvert à des colla- borations internationales réalisées par des équipes allemandes et autrichiennes. L’ampleur du site du mont Lassois a nécessité une importante étude topographique du Mont et de la vallée de la Seine au pied. Ce travail a été réalisé par équipe de topographes de l’Université technologique de Stuttgart sous la direction des Pr. S. Schenk et W. Böttinger et du Dr D. Müller ingénieur au Service archéologique de Bade-Wurtemberg. Ce travail remarquable (une mesure tous les mètres, en terrain mouvementé !) s’est poursuivi pendant six années lors de sessions de relevés en période hivernale grâce au concours de plus d’une centaine d’étudiants de cette université. La première restitution du modelé topographique du Mont actuellement disponible permet de bien restituer l’ampleur des travaux de fortifications réalisés à l’époque celtique (Fig. 2). Une première campagne de relevés par laser scanning a été conduite ce printemps avec les mêmes partenariats ; ils permettront d’utiles comparaisons avec ce travail manuel de relevés.


Figure 2 : Restitution du modelé topographique du mont Lassois. Modèle très précis à comparer avec le schéma structural actuellement disponible (Fig. 3) qu’il faudra modifier suite aux nouvelles recherches (Travaux Université de Stuttgart).


Figure 3 : Schéma structural du mont Lassois et de ses fortifications (d’après B. Chaume). 1, 2, 3 : fouilles conduites par l’équipe de l’Université de Vienne.


Figure 4 : Photographie de la façade du parement interne du rempart de la fin du VIe siècle av. J.C.). Les saignées verticales dans le parement de pierre correspondent aux logements des pièces de bois (Fouilles et photo Université de Vienne).

La connaissance du potentiel archéologique du site de Vix a profité également d’un programme de prospections géophysiques systématiques conduites avec une compétence hors pair par H. von der Osten Ingénieur au Service archéologique de Bade-Wurtemberg. Elles ont été réalisées près de la Seine, sur les espaces consacrées aux nécropoles mais aussi concentrées sur le Plateau St Marcel, au sommet du mont. Les résultats sont exceptionnels et ils ont véritablement guidé les dégagements ultérieurs des archéologues. C’est grâce à ces prospections qu’ont pu être repérés les vestiges d’habitats structurés sur le Plateau et en particulier le grand bâtiment à abside, le « palais de la Princesse de Vix » (cf. article B. Chaume, Fig. 5, ce volume).


Fig. 5 : bâtiment à abside, le « palais de la Princesse de Vix »

Les fortifications imposantes de terre et de pierre qui structurent cette résidence privilégiée des élites celtes sont connues depuis les recherches de J. Lagorgette, R. Joffroy et M. Moisson mais leurs structures et datations restent encore mal connues ; cette thématique de recherche est conduite par l’équipe de l’Université de Vienne dirigée par le Pr. O. Urban. Depuis 2003, les campagnes ont été consacrées à l’étude du rempart périphérique du Plateau St-Marcel et à des tests sur les grandes levées défensives installées sur les pentes orientales du mont (Fig. 3). Sur le premier chantier, plusieurs niveaux de remparts ont été identifiés dont un ancien de la fin de l’Age du Bronze (IXe siècle av. J.C.) et un contemporain de la résidence de la « Princesse » qui associe pierres calcaire et poutraisons de bois verticaux en façade (Fig. 4).

L’équipe de l’Université de Kiel dirigée les Professeurs A. Haffner puis U. Müller s’est consacrée depuis 2002 à l’étude de l’habitat protohistorique sur le plateau en association avec une troisième dirigée par B. Chaume (UMR Dijon). La fouille conduite dans ce contexte par l’Université de Kiel a porté sur les fossés de palissade qui structure l’organisation générale de l’occupation et sur l’abside du grand bâtiment. Elles ont été orientées grâce aux spectaculaires résultats de la prospection géophysique. Le regroupement des 2 équipes travaillant sur l’habitat dans ce secteur (Université de Kiel dirigée par U. Müller et A. Haffner assistés d’Angela Mötsch ; celle de l’Université de Bourgogne UMR 5594 dirigée par B. Chaume, W. Reinhard, N. Nieszery) a permis d’achever en 2007, la fouille du « Palais de la Dame de Vix » le plus grand bâtiment de la « ville » du mont Lassois.

Conclusion

Le programme international de recherche conduit sur le site de Vix depuis ces dernières années constitue un des chantiers prioritaires de l’UMR 5594 dans le domaine de l’archéologie protohistorique. Grâce à cette ouverture internationale liée à la notoriété du site, ce projet s’est rapidement intégré aux programmes internationaux conduits en Allemagne, Suisse, Belgique sur des thématiques équivalentes. Il a profité du dynamisme et de la compétence d’équipes internationales reconnues dans ce domaine. Grâce à ce concours, la connaissance du site de Vix a considérablement progressé, mais les « modestes » fenêtres réalisées sur le terrain restent encore insuffisantes sur bon nombre de points. Les prospections topographiques et géophysiques ont mis en lumière l’importance des aménagements celtiques et en particulier cette complexité de l’organisation de l’occupation humaine sur le plateau selon un modèle quasi « proto-urbain » original dans ce contexte culturel du nord des Alpes. Une telle mise en place d’une trame d’organisation rigoureuse, la réalisation de fortifications spectaculaires qui ceinturent le Mont témoignent d’une société structurée, très hiérarchisée. Dans ce cadre, la trouvaille de la tombe princière de Vix reprend toute sa valeur historique explicative. Ce travail sur les sociétés celtiques et les premières « villes » au Nord des Alpes représente une orientation majeure des recherches archéologiques en Bourgogne, en appui sur des projets comme ceux de Bibracte ou d’Alésia. Toutes ces recherches conduites sur ces grands sites celtiques intègrent de fortes collaborations euro- péennes et elles attestent de la notoriété, du patrimoine archéologique de Bourgogne mais aussi de la qualité et du dynamisme des recherches conduites par notre Université.

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